Benjamin Constant

La passion insatiable de la liberté

Benjamin Constant, né à Lausanne en 1767, mort à Paris en 1830, est l’un des théoriciens les plus profonds de la philosophie libérale. Chateaubriand comparait la subtilité de sa pensée à celle de Voltaire. Balzac le considérait comme l’un des esprits les plus convaincants et éloquents de sa génération. Il fut l’un des membres illustres du groupe de Coppet, autour de Madame de Staël, dévolu à l’étude et au développement intellectuel de la liberté sous tous ses aspects.

L’État, selon Benjamin Constant, devait s’organiser autour d’une seule tâche, celle de garantir la liberté individuelle. Constant décrit les convictions de chaque homme comme sa propriété personnelle la plus sacrée. Pour lui, la liberté de conscience et la liberté de pensée sont indissociables de la liberté religieuse, de la liberté économique, de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression. L’énergie et la persévérance avec lesquels il s’est battu pour la liberté de la presse, en particulier dans la dernière période de sa vie, fit de lui un héros des étudiants de son temps.

Pour Constant, l’État en soi n’a pas d’existence spécifique. Il ne doit pas être considéré comme une entité abstraite, mais plutôt comme une simple forme d’association humaine. Constant observait que chaque fois et partout où l’État est considéré comme une entité mystique ou philosophique, il tend vers le despotisme et l’asservissement de l’individu.

Ses Principes de Politique, Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri, De l’esprit de conquête constituent de grands classiques. Dans ces œuvres, Benjamin Constant anticipe et analyse de nombreuses questions auxquelles sont confrontés les défenseurs des libertés. En étudiant les relations entre liberté politique et liberté individuelle et en soulignant ce qui les oppose, il a montré la voie à suivre pour passer d’une société politique coercitive à une société civile libre. Il montre que le commerce dans la paix et la liberté constitue un moyen plus efficace pour accéder à la propriété et à la prospérité que la conquête et la contrainte. En économie, il se prononce pour un régime de libre concurrence.

Constant s’est interrogé sur le droit des majorités électorales à dicter leur volonté aux individus, ainsi que sur les dangers de l’action politique collective lorsqu’elle sort de sa sphère. Pour lui, la seule garantie contre les faiblesses de l’humanité devait être recherchée dans un État minimal, dont l’action repose sur la persuasion, l’éducation et le respect des lois naturelles.